Des ancêtres paysans en Bretagne.

Celles et ceux, nombreux, qui ont des ancêtres en Bretagne, seront certainement intéressés par l'ouvrage de Jean CHOLEAU, Conditions actuelles des serviteurs ruraux bretons, domestiques à gages et journaliers agricoles, paru en 1907, et dont les références complètes se trouvent en conclusion de cet article.

Jean CHOLEAU, secrétaire de la section économique de l'Union Régionaliste Bretonne et membre de la Société d'Economie Populaire, dresse le tableau des ouvriers agricoles, de leurs conditions de vie et d'emploi dans chacun des départements bretons, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle.

"De tous les travailleurs bretons, les ouvriers agricoles sont, sans contredit, les plus nombreux et les moins conscients de leur nombre" écrit-il dès les premières lignes. En 1903, ils forment 14,01% de la population totale des cinq départements bretons.

 

Comment sont-ils engagés?

Concernant les domestiques à gages, les marchés se concluent oralement lors de "gageries" : un moment de rencontre entre de nombreux maîtres et serviteurs, souvent le jour de la fête du Saint de la région. Par exemple, dans l'arrondissement de Rennes le jour de la Saint-Jean (le 24 juin). Dans les petites communes, les gageries se tiennent le dimanche sur la place de l'église. Les domestiques s'assemblent  avec un signe distinctif qui les fera reconnaître des cultivateurs. Certains portent un épi de blé pour indiquer qu'ils sont moissonneurs, d'autres ont un fouet autour du cou pour montrer qu'ils sont charretiers. Le maître les remarque et le marché se conclut, la plupart du temps à l'auberge, où le patron remet des arrhes au serviteur. Les domestiques sont engagés pour un an, les moissonneurs, le temps de la moisson, avec des variantes selon les départements. Les journaliers, qui travaillent à la journée ou à la tâche, peuvent être recrutés directement chez eux.

 

Quels sont leurs salaires?

Les salaires varient selon l'emploi, le sexe, l'âge et le département. Un exemple en Côtes-du-Nord (aujourd'hui Côtes-d'Armor) : en 1864, le salaire d'un homme, journalier agricole varie de 0,50 à 1,25 francs par jour, selon qu'il est nourri ou non. Celui d'une femme, entre 0,50 et 1 franc. A titre de comparaison, en 1866, un hectolitre de pommes de terre coûte en moyenne 2,84 francs sur le marché de Saint-Brieuc et 3,37 francs sur le marché de Lamballe. En 1882, à Merdrignac, le domestique de ferme gagne en moyenne 200 francs annuels, la servante 125 à 180 francs annuels. Il y a aussi les gages en nature : habillement et pourboires.

 

Comment sont leurs habitations?

Le domestique vit chez le cultivateur, mais le journalier a sa propre maison que Jean CHOLEAU décrit ainsi : "C'est une maison [...] construite en terre, le plus souvent couverte en chaume (Fougères, Morbihan), parfois en roseaux (Savenay), rarement bâtie en pierre et couverte en ardoises". Il parle, pour certaines, de "véritables taudis" en raison de la pauvreté : pas d'air, pas de lumière, sol humide en terre battue. Dans les régions plus riches, l'habitation comporte deux pièces : une salle principale qui sert de cuisine, de chambre à coucher, de salle de travail pour la femme, avec une petite fenêtre, l'autre servant de cellier ou d'abri pour les animaux domestiques.

 

Pourquoi et où émigrent-ils?

La Bretagne est à l'époque une région très pauvre, et les salaires sont bas. "Chaque année, quand vient le mois de mai, nombre de Bretons quittent leur pays pour des régions où le salaire est plus rémunérateur" écrit Jean CHOLEAU. Ces régions sont : la Normandie, la Beauce, les environs de Paris, l'Anjou et les îles Anglo-Normandes. "Les uns s'attachent à leur nouvelle patrie et y demeurent, d'autres reviennent en Bretagne vers fin septembre ou octobre" ajoute-t-il. Une précision est très intéressante : le maire de leur commune leur remet un certificat d'ouvrier agricole sur présentation duquel les compagnies de chemin de fer les emmènent gratuitement vers la Normandie, la Beauce, les environs de Paris. C'est exactement l'itinéraire qu' a suivi un de mes aïeux, natif des Côtes-du-Nord, et que j'ai pu reconstituer ainsi grâce à sa fiche matricule :

 

Les migrations saisonnières agricoles d'Emile de 1891 à 1897 :

Ses nombreux déplacements m'avaient questionnée. J'ai pu comprendre, grâce à l'étude de Jean CHOLEAU, qu'il s'agissait de migrations saisonnières agricoles. J'espère que ces éléments contribueront à éclairer, pour vous aussi, une période de vie familiale.


L'ouvrage de Jean CHOLEAU, Conditions actuelles des serviteurs ruraux bretons, domestiques à gages et journaliers agricoles, Paris, Honoré Champion, 1907,  est accessible gratuitement sur la bibliothèque idbe breizh en cliquant ici.

 


Auteure : Isabelle BROSSAUD, psychologue clinicienne et généalogiste familiale, 115 rue de Reuilly, 75012 Paris.

A bientôt.

Écrire commentaire

Commentaires : 8
  • #1

    leila DENIAU (mardi, 27 septembre 2016 11:50)

    très intéressant, c'est bien dommage que mes ancêtres ne soient pas breton.
    Bravo à toi

  • #2

    Isabelle BROSSAUD (mardi, 27 septembre 2016 12:20)

    Merci Leila de ton message. Tu aimes tellement la Bretagne que c'est tout comme!

  • #3

    christophe (mardi, 27 septembre 2016 17:00)

    merci pour toutes ces informations que je ne connaissais pas . Aux prochaines vacances en Bretagne (ile de Groix) j'aurai de quoi à dire sur les Bretons. merci c'est bien écrit et simple à lire :)

  • #4

    Isabelle BROSSAUD (mardi, 27 septembre 2016 21:09)

    Merci Christophe pour votre retour. Je suis honorée de vous imaginer parlant de cet article sur la belle Ile de Groix!

  • #5

    Annette POIGNARD (vendredi, 30 septembre 2016 10:37)

    Bravo Isabelle, pour votre formidable entrée dans le petit monde de la généalogie, au plaisir de vous revoir quand vous passerez en Beauce, et bravo pour la Bretagne que j'adore.....mais n'oubliez pas " que nos ancêtres sont tous Gaulois" Ha Ha Ha.....pas pour moi je suis 50% belge et 50% du Haut de France. très cordialement.

  • #6

    Isabelle BROSSAUD (vendredi, 30 septembre 2016 21:16)

    Merci beaucoup Annette pour votre commentaire. Je compte bien revenir vous voir en Beauce, et écrire sur cette région qui nous est chère.
    50% belge, 50% Haut de France = une Annette très chaleureuse dont l'aide a été précieuse et décisive pour mon DU! Amitiés.

  • #7

    Brendon Dameron (dimanche, 05 février 2017 21:03)


    Hi there friends, how is the whole thing, and what you want to say regarding this piece of writing, in my view its in fact awesome in support of me.

  • #8

    Kasha Felch (lundi, 06 février 2017 22:23)


    I visit each day some blogs and blogs to read content, but this blog offers quality based posts.